Sport et fumée : à partir de quand faut-il annuler
Un effort intense multiplie par dix le volume d'air inhalé. Les seuils par niveau de particules, et pourquoi le masque n'est pas la solution.
Faut-il annuler l'entraînement quand l'air est chargé de fumée ? La question se pose chaque été pour les clubs, les écoles et les sportifs amateurs. La réponse tient à un chiffre simple : l'effort physique multiplie considérablement la dose de particules inhalées.
Pourquoi l'effort change tout
Au repos, un adulte inhale environ 6 à 8 litres d'air par minute. Lors d'un effort intense, ce volume peut atteindre 60 à 100 litres par minute — soit dix fois plus.
À concentration de PM2.5 identique, une heure de course reçoit donc l'équivalent de dix heures passées assis. C'est ce facteur, et lui seul, qui justifie de modifier ses habitudes.
Deux effets aggravants s'y ajoutent :
- On respire par la bouche, ce qui court-circuite la filtration assurée par le nez ;
- La respiration est plus profonde, ce qui envoie les particules plus loin dans les voies respiratoires.
À retenir : ce n'est pas le sport qui est dangereux, c'est le volume d'air qu'il fait passer. Réduire l'intensité réduit la dose presque proportionnellement.
Un repère pratique par niveau
Ces seuils sont indicatifs et s'appliquent à des adultes en bonne santé.
| PM2.5 (µg/m³) | Recommandation |
|---|---|
| moins de 12 | Aucune restriction |
| 12 à 35 | Activité normale ; les personnes sensibles réduisent l'intensité |
| 35 à 55 | Réduire l'intensité et la durée en extérieur ; déplacer à l'intérieur si possible |
| 55 à 150 | Pas d'effort intense en extérieur ; entraînement en salle |
| plus de 150 | Toute activité physique en extérieur est déconseillée |
Abaissez ces seuils d'un cran pour les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, les asthmatiques et les personnes atteintes d'une maladie cardiaque ou respiratoire.
Les signaux d'arrêt immédiat
Quelle que soit la valeur affichée, arrêtez l'activité en présence de :
- toux persistante ou respiration sifflante ;
- oppression ou douleur thoracique ;
- essoufflement disproportionné à l'effort fourni ;
- vertiges, maux de tête, palpitations ;
- irritation marquée de la gorge ou des yeux.
Une douleur thoracique pendant l'effort dans un air pollué doit être considérée comme une urgence, pas comme une gêne passagère.
Adapter plutôt qu'annuler
Annuler purement et simplement est rarement la meilleure option : cela prive de l'activité physique, dont les bénéfices sont réels. Plusieurs adaptations valent mieux :
- Déplacer à l'intérieur, dans un local dont les fenêtres restent fermées — idéalement équipé d'un filtre.
- Réduire l'intensité : une séance technique ou de renforcement remplace avantageusement du fractionné.
- Décaler l'horaire : les concentrations sont souvent plus basses tôt le matin. Vérifiez les mesures plutôt que de supposer.
- Raccourcir la séance : la dose dépend autant de la durée que de l'intensité.
Le masque pendant le sport : non
C'est une idée fréquente et une mauvaise idée. Un masque FFP2 augmente la résistance respiratoire ; pendant un effort, il devient rapidement insupportable, se sature d'humidité et perd son étanchéité — donc son efficacité.
S'il faut un masque pour faire du sport dehors, c'est qu'il ne faut pas faire de sport dehors.
Pour les clubs et les écoles
Quelques principes qui évitent les décisions improvisées :
- Définir à l'avance un seuil de report, écrit et connu de tous. Décider dans l'urgence conduit presque toujours à sous-estimer.
- S'appuyer sur une mesure, pas sur l'aspect du ciel ni sur l'odeur — l'odorat s'émousse en quelques heures.
- Prévoir une solution de repli en intérieur, pour ne pas avoir à choisir entre exposer et annuler.
- Informer les familles du critère retenu : cela évite les contestations le jour venu.
- Identifier les participants sensibles — asthmatiques notamment — et s'assurer que leur traitement de secours est disponible sur place.
Après l'épisode
Reprenez progressivement. Les voies respiratoires restent irritées et plus réactives pendant quelques jours après un épisode marqué. Une reprise brutale peut déclencher une gêne persistante, en particulier chez les personnes asthmatiques.
Si une toux ou un essoufflement persiste plus d'une semaine après la fin de l'épisode, consultez : il peut s'agir d'une hyperréactivité bronchique installée, qui se traite.
Vérifiez la concentration en particules près de chez vous avant votre séance, en prévision et via des capteurs réels, sur la carte Panorisk.