Inondation : les deux chiffres qui expliquent presque tous les décès
30 cm d'eau emportent une voiture, 15 cm renversent un adulte. Les règles absolues, avant, pendant et après.
L'inondation est le risque naturel qui touche le plus de communes en France et en Belgique. Et comme pour les incendies, la plupart des victimes ne meurent pas chez elles : elles meurent dans leur voiture ou en tentant de traverser l'eau.
Toutes les inondations ne se ressemblent pas
Les délais et les bons réflexes dépendent du type d'événement.
La crue lente
Sur les grands fleuves (Seine, Loire, Meuse), l'eau monte sur plusieurs jours. On dispose de temps pour se préparer, protéger ses biens et évacuer. Le risque vital est faible ; le risque matériel, considérable.
La crue soudaine
Sur les petits cours d'eau et en zone méditerranéenne, une rivière peut monter de plusieurs mètres en moins d'une heure après un orage. Souvent, la pluie tombe en amont : il peut faire beau chez vous au moment où l'eau arrive.
Le ruissellement
Le plus sous-estimé. Il ne nécessite aucun cours d'eau : lors d'un orage violent, l'eau qui ne s'infiltre pas dévale rues et terrains, s'engouffre dans les sous-sols et les passages souterrains. Il touche des communes qui ne se croient pas exposées.
La submersion marine
Sur le littoral, la combinaison d'une tempête, d'une forte marée et de vagues peut faire passer la mer par-dessus les défenses.
Les deux chiffres à retenir
30 centimètres d'eau suffisent à emporter une voiture. Un véhicule flotte avant de couler, et perd toute adhérence.
15 centimètres d'eau courante suffisent à faire tomber un adulte. Une fois à terre dans un courant, se relever est presque impossible.
Ces deux chiffres expliquent l'essentiel des décès. L'eau paraît toujours moins profonde et moins rapide qu'elle ne l'est — et l'on ne voit pas si la chaussée a été emportée en dessous.
Les règles absolues
- Ne jamais s'engager sur une route inondée, à pied ou en voiture. Jamais, même sur quelques mètres, même en connaissant la route.
- Monter, ne pas descendre. Fuyez les sous-sols, caves, parkings souterrains et passages sous voie ferrée — ils se remplissent en quelques minutes et la porte devient impossible à ouvrir sous la pression.
- Ne pas aller chercher les enfants à l'école. C'est le réflexe le plus naturel et le plus dangereux. Les établissements appliquent un plan de mise en sécurité ; en partant les chercher, vous vous mettez en danger et encombrez les routes.
- Ne pas descendre au bord de l'eau pour observer ou filmer. Les berges s'effondrent, et le courant est bien plus fort qu'il n'y paraît.
Avant : ce qui se prépare
- Sachez si vous êtes en zone inondable : la mairie dispose de la cartographie, et l'information figure dans l'état des risques remis à l'achat ou à la location.
- Repérez un point haut dans le logement et un itinéraire d'évacuation qui ne traverse aucun point bas.
- Surélevez ce qui peut l'être : tableau électrique, chaudière, appareils, papiers importants.
- Prévoyez de quoi obturer les ouvertures basses (batardeaux, sacs de sable).
- Préparez le même kit que pour un incendie : papiers, médicaments, lampe, radio à piles, batterie chargée, eau.
Pendant : les gestes
- Coupez l'électricité et le gaz — mais seulement si le tableau est accessible sans avoir les pieds dans l'eau.
- Montez à l'étage avec le kit, sans attendre.
- Fermez portes et fenêtres, obturez les entrées basses.
- Écoutez la radio locale et suivez les consignes officielles.
- Prévenez vos proches par SMS, pas par appel.
- Si l'eau monte encore, signalez votre présence depuis une fenêtre ou le toit — n'essayez pas de nager.
Après : la prudence reste de mise
- Ne rétablissez pas l'électricité avant vérification par un professionnel.
- L'eau du robinet peut être impropre à la consommation : attendez le feu vert de la mairie.
- Aérez et asséchez longuement : l'humidité résiduelle provoque moisissures et dégradations durables.
- Photographiez tout avant de nettoyer, et déclarez à votre assurance sous 10 jours après publication de l'arrêté de catastrophe naturelle, s'il y en a un.
- Méfiez-vous des sols instables et des objets déplacés par le courant.
Une différence avec l'incendie : l'inondation relève souvent du régime de catastrophe naturelle. Il faut alors attendre la publication d'un arrêté au Journal officiel pour que la garantie s'applique. Déclarez tout de même sans attendre à votre assureur.
Suivre la montée des eaux
En France, le réseau Vigicrues publie en continu le niveau et le débit de centaines de stations sur les cours d'eau surveillés, avec une prévision à court terme. En Wallonie, le Service public de Wallonie diffuse des données équivalentes.
Attention toutefois : ces réseaux ne couvrent que les cours d'eau principaux. Les petits ruisseaux et le ruissellement urbain — responsables de nombreux drames — n'y figurent pas. Pour eux, la vigilance météo « pluie-inondation » et « orages » reste le meilleur signal.
Panorisk affiche les niveaux des rivières en direct (Vigicrues en France, SPW en Wallonie) ainsi que les vigilances en cours : activez la couche « Rivières / crues » sur la carte.