Grand froid : ce qui tue vraiment, et les gestes qui comptent
Le refroidissement éolien, le signe trompeur de l'hypothermie, et pourquoi le geste le plus efficace ne vous concerne pas directement.
Le grand froid tue moins spectaculairement que la canicule, mais il tue — et pas seulement les personnes sans abri. Il aggrave les maladies cardiaques, provoque des intoxications au monoxyde de carbone et multiplie les accidents. Comme pour la chaleur, l'essentiel se joue sur des gestes simples.
Ce qui caractérise une vague de froid
Ce n'est pas une nuit à −5 °C. Une vague de froid combine :
- des températures nettement inférieures aux normales pour la saison et la région ;
- une persistance sur plusieurs jours ;
- souvent du vent, qui accentue considérablement le ressenti.
Le refroidissement éolien
C'est le facteur le plus sous-estimé. Le vent emporte la couche d'air tiède que le corps entretient à la surface de la peau. Par −5 °C avec un vent soutenu, le ressenti peut descendre à −15 °C ou moins.
Le thermomètre ne dit donc pas tout : c'est la combinaison température-vent qui détermine le risque de gelure.
Les deux dangers du froid
L'hypothermie
Le corps perd plus de chaleur qu'il n'en produit. Les signes, dans l'ordre d'apparition :
- frissons intenses, difficulté à manipuler des objets ;
- puis confusion, élocution difficile, comportement incohérent ;
- arrêt des frissons — signe d'aggravation, pas d'amélioration ;
- somnolence, perte de connaissance.
Le signe qui trompe : quand une personne cesse de frissonner et dit qu'elle a chaud, son état s'aggrave. Certaines victimes se déshabillent — un phénomène connu, lié à la confusion. Appelez le 15 ou le 112 sans attendre.
En attendant les secours : mettre à l'abri, retirer les vêtements humides, envelopper dans des couvertures, réchauffer progressivement le tronc plutôt que les extrémités, ne rien donner à boire d'alcoolisé, et manipuler la personne avec douceur.
Les gelures
Elles touchent les extrémités : doigts, orteils, nez, oreilles, joues. La peau devient blanche ou grisâtre, dure, insensible.
Ce qu'il ne faut pas faire : frictionner, frotter avec de la neige, réchauffer à la flamme ou au radiateur brûlant — cela aggrave les lésions. Réchauffez progressivement, à l'eau tiède, et consultez.
Qui est le plus exposé
- Les personnes sans abri — appelez le 115 si vous voyez une personne en difficulté dans la rue ; c'est gratuit et c'est le bon réflexe.
- Les personnes âgées isolées, souvent dans des logements mal chauffés, avec une perception du froid diminuée.
- Les nourrissons, qui se refroidissent vite.
- Les personnes cardiaques : le froid contracte les vaisseaux et augmente le travail du cœur. Les infarctus progressent nettement pendant les vagues de froid.
- Les travailleurs en extérieur et les personnes pratiquant une activité en montagne.
Les gestes utiles
S'habiller correctement
Plusieurs couches fines valent mieux qu'un seul vêtement épais : l'air emprisonné entre elles isole. Couvrez la tête et le cou, par lesquels la déperdition est importante. Évitez le coton près du corps, qui garde l'humidité — préférez les matières qui évacuent la transpiration.
Chauffer sans se mettre en danger
- Maintenez une température suffisante dans la pièce de vie, surtout pour les personnes âgées.
- N'obstruez jamais les ventilations pour lutter contre les courants d'air.
- Aucun chauffage d'appoint à combustion en continu, aucun brasero ni barbecue en intérieur : voir Le monoxyde de carbone, dont les intoxications explosent pendant ces périodes.
Sur la route
- Anticipez le verglas, particulièrement en début de matinée, sur les ponts et les zones ombragées.
- Gardez dans le véhicule une couverture, de l'eau et un chargeur : une immobilisation prolongée par la neige devient vite dangereuse.
- Ne faites jamais tourner le moteur à l'arrêt dans un espace confiné.
Le logement
- Protégez les canalisations exposées : une conduite gelée éclate au dégel et provoque un dégât des eaux.
- Sachez où se trouve la vanne d'arrêt général de l'eau.
Le geste le plus efficace
Comme pour la canicule, il ne vous concerne pas directement : appelez ou visitez chaque jour vos proches et voisins âgés ou isolés.
Les décès liés au froid surviennent très majoritairement chez des personnes seules, dans des logements insuffisamment chauffés, qui ne demandent pas d'aide. Un appel quotidien détecte ce qu'aucun dispositif ne détecte.
Pensez aussi au registre communal des personnes vulnérables : gratuit, en mairie, il déclenche un suivi lors des alertes.
Panorisk affiche la température prévue, le ressenti et les vigilances grand froid pour votre commune : ouvrir la carte.