Fuir ou se confiner ? La décision qui sauve
La plupart des victimes d'incendie meurent sur la route, pas dans leur maison. Pourquoi partir tôt ou rester sont les deux seules options sûres.
Le feu approche et vous n'avez pas reçu d'ordre d'évacuation — ou il est trop tard pour partir. Faut-il prendre la voiture ou rester ? C'est la décision la plus lourde qui soit, et l'intuition conduit souvent au mauvais choix.
Le principe qui prime : si les autorités ordonnent l'évacuation, on évacue — immédiatement et sans discuter. Cet article traite de la situation où aucun ordre n'a été donné, ou bien où il est déjà trop tard pour partir en sécurité.
La règle : partir tôt, ou ne pas partir
C'est la doctrine retenue par les services de secours dans la plupart des pays exposés. Il existe deux options sûres, et une option mortelle entre les deux :
- Partir très tôt, avant que le feu ne soit proche et que les routes ne se dégradent : c'est la meilleure option.
- Rester dans un bâtiment et laisser passer le front : c'est la seconde meilleure option.
- Partir au dernier moment, quand le feu est visible et proche : c'est le scénario le plus dangereux.
Pourquoi fuir tardivement est si risqué
La majorité des victimes d'incendies de forêt ne meurent pas dans leur maison. Elles meurent sur la route, ou à l'extérieur en tentant de fuir.
Les raisons se cumulent :
- la fumée réduit la visibilité à quelques mètres, rendant la conduite hasardeuse ;
- les routes se saturent, ou sont coupées par des arbres tombés et des véhicules accidentés ;
- un feu progresse par sautes : la route jugée sûre peut être coupée en avant de vous ;
- à pied ou en voiture bloquée, on est exposé au rayonnement thermique, qui tue avant même le contact des flammes.
Pourquoi une maison protège
Cela surprend, mais c'est physique. Le front de flammes d'un feu de forêt met généralement quelques minutes seulement à passer sur un point donné — souvent moins de dix.
Pendant ces minutes, les murs font écran au rayonnement, qui est la principale cause de mort. Une maison ne prend d'ailleurs presque jamais feu par les flammes elles-mêmes : elle s'embrase plus tard, à cause des braises qui s'introduisent par une ouverture, ou d'un objet inflammable collé à la façade.
La logique : on ne se confine pas pour rester indéfiniment. On se confine pour laisser passer le front, puis on sort inspecter et éteindre les départs de braises. Le danger est en deux temps.
Se confiner : les gestes
Avant l'arrivée du front
- Fermez tout : portes, fenêtres, volets. Les volets pleins protègent les vitres du rayonnement.
- Bouchez les entrées d'air avec des linges humides : bas de portes, aérations, cheminée.
- Coupez la ventilation mécanique et la climatisation.
- Rentrez tout ce qui est inflammable à proximité des murs : mobilier de jardin, paillasson, bouteilles de gaz.
- Remplissez baignoire, éviers et seaux — l'eau courante peut être coupée.
- Habillez-vous en coton ou en laine, manches longues, chaussures fermées.
- Laissez le portail ouvert et signalez votre présence si vous le pouvez.
Pendant le passage
- Restez à l'intérieur, dans une pièce côté opposé au feu.
- Éloignez-vous des fenêtres : le verre peut céder sous la chaleur.
- Respirez à travers un linge humide si la fumée pénètre.
- Restez au niveau du sol, où l'air est plus respirable.
- Ne sortez pas pour arroser ou regarder. C'est le moment le plus dangereux.
Après le passage
C'est là que la maison se sauve ou se perd. Sortez dès que le front est passé et inspectez méthodiquement : toiture, gouttières, combles, terrasse, tas de bois. Éteignez le moindre départ de braise avec l'eau que vous avez stockée. Recommencez plusieurs fois pendant les heures qui suivent.
Quand la maison n'est pas un abri
Le confinement suppose un bâtiment qui tient. Ce n'est pas le cas si :
- la construction est légère : mobil-home, chalet en bois, caravane, bungalow ;
- elle est entourée de végétation dense, sans débroussaillement ;
- elle est en fond de vallon ou en haut de pente — le feu accélère fortement en montant.
Dans ces cas, il faut rejoindre un espace déjà brûlé (le feu n'y revient pas), une grande zone dégagée, un parking, une plage, ou un bâtiment en dur.
Si vous êtes surpris dehors
- Ne fuyez jamais vers le haut d'une pente : le feu y monte plus vite qu'un homme ne court.
- Cherchez une zone déjà brûlée ou minérale.
- Protégez-vous le visage et les voies respiratoires avec un tissu.
- Si vous êtes en voiture et cerné : arrêtez-vous en zone dégagée, moteur coupé, vitres fermées, phares allumés, allongé sous le niveau des vitres. La carrosserie fait écran, et le réservoir n'explose pas comme au cinéma.
La décision se prend avant
Aucun de ces gestes ne s'improvise dans la panique. Trois choses à trancher aujourd'hui, à froid :
- Votre maison est-elle défendable — construction en dur et zone débroussaillée ?
- Quels sont vos deux itinéraires de sortie, dans deux directions ?
- À quel signal décidez-vous de partir — et qui prend la décision ?
Suivez les feux détectés près de chez vous et recevez une alerte automatique sur vos lieux surveillés grâce à la carte Panorisk. Voir aussi : Ordre d'évacuation : que faire, dans quel ordre.