Les feux d'hiver : la saison dont personne ne parle
Février peut brûler autant qu'août dans les Pyrénées. Le rôle du fœhn, et pourquoi l'écobuage bien conduit réduit le risque estival.
On associe les incendies à l'été. Pourtant, certaines années, une part importante des surfaces brûlées en France l'est entre janvier et mars, dans les Pyrénées et les massifs du Sud-Ouest. Une saison entière passe ainsi sous le radar médiatique.
Pourquoi ça brûle en hiver
Quatre conditions se réunissent, et elles n'ont rien à voir avec la chaleur.
La végétation est morte
Herbes sèches, fougères, landes : après l'hiver, la strate basse est entièrement desséchée. Elle s'enflamme instantanément — bien plus vite qu'une végétation verte en pleine croissance estivale.
Il n'y a pas de feuilles
Les arbres sont nus. Le soleil atteint directement le sol, qui sèche vite, et il n'y a plus d'ombre ni d'humidité retenue par le couvert.
L'air est très sec
C'est le facteur décisif, et le plus contre-intuitif. Une journée d'hiver ensoleillée avec un vent de sud peut faire chuter l'humidité relative de l'air en dessous de 20 % — une valeur digne d'un après-midi d'août.
Le fœhn
Quand une masse d'air franchit les Pyrénées ou les Alpes, elle perd son humidité au vent puis se réchauffe en redescendant. Le résultat est un vent chaud, très sec et souvent violent sur le versant nord. C'est l'ingrédient qui transforme un feu de pâture en incendie de plusieurs centaines d'hectares.
La combinaison redoutée : quelques semaines sans pluie + une journée de fœhn + une végétation morte. Elle peut survenir en février aussi bien qu'en août.
L'écobuage : une pratique ancienne, encadrée
L'écobuage — ou brûlage dirigé — consiste à brûler la végétation d'une parcelle pastorale pour la régénérer. C'est une pratique ancienne, utile et légale, qui répond à un vrai besoin.
À quoi elle sert
- Éliminer les ligneux — ajoncs, genêts, ronces — qui envahissent les pâturages et les rendent impraticables.
- Favoriser la repousse de l'herbe, meilleure pour le bétail.
- Réduire la biomasse combustible et donc, paradoxalement, limiter le risque d'un grand incendie estival.
Une montagne entretenue par le pastoralisme brûle moins qu'une montagne abandonnée à l'embroussaillement. C'est une réalité que les opposants à l'écobuage sous-estiment parfois.
Un cadre strict
L'écobuage n'est pas libre. Selon les départements, il suppose :
- une déclaration ou une autorisation préalable en mairie ou en préfecture ;
- le respect d'une période autorisée, généralement hivernale ;
- des conditions météorologiques précises — vent limité, humidité suffisante ;
- la présence de moyens de maîtrise et d'un nombre suffisant de personnes ;
- l'information des voisins et des pompiers.
Dans plusieurs départements, des commissions locales d'écobuage encadrent la pratique et forment les éleveurs. Là où ce dispositif fonctionne, les débordements ont nettement diminué.
Quand ça dérape
Les feux hivernaux les plus étendus proviennent souvent d'écobuages mal conduits :
- allumés sans autorisation ou hors période ;
- lancés par vent trop fort, ou alors que le fœhn se levait ;
- abandonnés avant extinction complète — un feu couvant peut reprendre à la faveur d'une rafale, plusieurs heures après ;
- conduits par une seule personne, sans moyen de contrôle.
La responsabilité est lourde. Un écobuage qui s'échappe engage la responsabilité pénale et civile de son auteur : frais d'extinction, dommages causés, et poursuites en cas de destruction involontaire par incendie. Les montants en jeu sont sans commune mesure avec le bénéfice agricole recherché.
Les autres feux d'hiver
- Les feux de jardin et brûlages de déchets verts, souvent illégaux, qui échappent au contrôle par temps sec et venté.
- Les feux de chaumes et de bordures en zone agricole.
- Les incendies de bâtiments se propageant à la végétation environnante.
Ce qu'il faut en retenir
- La vigilance ne s'arrête pas en septembre. Si vous habitez en zone de montagne ou de lande, février et mars méritent la même attention qu'août.
- Consultez le risque du jour avant tout brûlage, même autorisé — les conditions changent vite avec le fœhn.
- Ne brûlez jamais seul, ni sans moyen d'extinction, ni en fin de journée.
- Faites votre débroussaillement en hiver, mais en évitant les journées de vent sec : une débroussailleuse produit des étincelles.
- Si vous voyez un feu qui semble encadré, ne présumez pas qu'il l'est : en cas de doute, appelez le 18. Un appel pour rien ne coûte rien.
Panorisk affiche le risque incendie calculé à partir de la température, de l'humidité et du vent — toute l'année, pas seulement l'été : trouvez votre commune.